Affaire Yarold Leyte Quintanar (23 février 2020)

Source: SDP Noticias
Auteure: Itzel Loranca
Le 23 février 2020 (Version originale en espagnol le 15 mars 2018)
Traduction: Emmanuelle Gauthier-Lamer

 

Condamné pour meurtre, il cherche à prouver son innocence devant la Cour Suprême

L’affaire est considérée par l’organisation En Vero comme « l’un des cas de fabrication de coupables au Mexique des plus emblématiques ».

Six ans de prison pour Yarold Christian Leyte Quintanar, accusé du meurtre atroce de María Teresa González González dans la ville de Veracruz. Son cas est décrit par l’organisation non gouvernementale canadienne En Vero, comme « l’un des cas de fabrication de coupables au Mexique des plus emblématiques ».

La version établie par l’enquête dit que pour ne pas payer 30 000 pesos à la banque Compartamos, Yarold aurait assassiné María Teresa González González le 28 février 2012, dans sa maison. Il aurait ensuite traversé la rue en traînant le corps de l’employée de la compagnie bancaire jusqu’à la maison abandonnée devant la sienne dans le quartier Valle Alto de Veracruz. 

Tels étaient les aveux de Yarold obtenus le 14 mars 2012, à une heure qui n’a pas été consignée au dossier; le même document indique qu’il a subi un examen médical en 20 minutes et que son domicile a été inspecté pour recueillir des preuves.

Des experts de l’ancienne Procuraduría General de Justicia (désormais Fiscalía General del Estado) et un expert indépendant ont documenté plusieurs incohérences entre les aveux de Yarold et les preuves recueillies dans le cadre de l’enquête. Parmi elles, l’absence de traces de sang entre les deux maisons; et la déclaration du directeur de la banque certifiant que  Yarold Christian n’y a jamais été un client.

Le dossier a été transféré du ministère public à la septième chambre de la Cour supérieure de justice de l’État de Veracruz, puis au tribunal collégial en matiière pénale du pouvoir judiciaire de la Fédération et enfin à la Cour suprême de justice. Malgré tout, dans la dernière résolution adoptée par la Cour collégiale au début de 2018, la peine de 32 ans et six mois de prison de Leyte Quintanar, prononcée en 2015, est toujours en vigueur.

« Ils minimisent tout et disent que ce sont des “erreurs typographiques”, ou des “mauvaises évaluations”. Ils cherchaient un coupable, ils protégeaient quelqu’un, je ne sais pas qui est sincère, j’ai beau avoir cherché la vérité je ne l’ai pas trouvée »  Rosalinda Quintanar, mère de Yarold.

Bien que l’accusé ait fait remarquer en 2012 que son épouse et lui avaient été torturés par des membres de l’ancienne Agence d’investigation de Veracruz (AVI) pour obtenir des aveux, ce n’est qu’à présent que l’ordre d’enquêter sur ces accusations a été donnée. 

Giuliana Rojas, membre d’En Vero, estime qu’il s’agit d’un pas en avant que le tribunal collégial ait ordonné au ministère public de “faire la lumière” sur les allégations de torture, mais affirme qu’il est problématique que l’institution chargée de l’enquête contre Yarold soit celle qui examine la plainte. La torture doit être examinée par un organisme indépendant, dit-elle, « non seulement pour garantir que la recherche soit menée avec équité et impartialité, mais aussi pour qu’elle ne laisse aucun doute sur les conclusions ».

L’avocate de l’organisation canadienne affirme qu’il y a encore moyen d’en appeler à la Cour suprême de justice de la nation. « Nous n’excluons pas non plus le recours à la Cour interaméricaine des droits de l’homme », ajoute-t-elle.

Entre-temps, la mère de Yarold déclare: « C’est notre dernière chance, sinon mon fils va y rester. Je ne trouve pas le moyen légal de trouver la justice. Je sais que lorsque la vérité fera surface et rendra justice à mon fils, nous rendrons justice à une personne qui est déjà décédée »